Publié le jeudi 17 juillet 2008

Invasion britannique sur les plaines d'Abraham

17 07 2008




Les portes tournantes de l’emploi

17 07 2008

Nous avons appris une bonne et une mauvaise nouvelle dans le monde du travail la fin de semaine dernière. Pendant que la compagnie Aleris annonçait la fermeture de son usine de Trois-Rivières entrainant la perte de 450 emplois, Bombardier confirmait la création de 3,500 postes pour la construction des avions CSeries à Montréal et Mirabel. J’appelle ça le phénomène des portes tournantes. Dans une économie en santé, pendant qu’il y a des travailleurs qui sortent il y en a encore plus qui entrent.

Le taux de chômage actuel de 6.2% est un des plus bas des 30 dernières années et ça fait un bon bout de temps qu’il en est ainsi. Ça veut dire qu’il y a plus de travailleurs qui entrent sur le marché du travail qu’il y en a qui sortent. C’est malheureux pour les sortants, mais ils occupaient en général des emplois manufacturiers peu rémunérés et peu spécialisés dans des secteurs en déclin comme le textile qu’il est plus rentable de délocaliser. La plupart des emplois créés au cours des dernières années sont des emplois de qualité, bien payés, qui  exigent un niveau de formation supérieur dans des secteurs de pointe porteurs d’avenir comme l’aéronautique, les technologies de l’information, les jeux vidéo et l’industrie pharmaceutique qui participent au développement du Québec. Je n’achète pas le discours des syndicats, particulièrement la CSN, et des groupes antimondialistes qui s’indignent à la moindre fermeture d’usine désuète qui n’offre que des emplois de mauvaise qualité. Contrairement à ce qu’ils prônent je crois que certaines activités manufacturières participent à améliorer le niveau de vie des pays où elles sont délocalisées et que c’est une bonne chose, une sorte de répartition de la richesse des pays riches vers les plus pauvres. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe en Chine et en Inde pour s’en convaincre. Ces groupes de pression protectionnistes et rétrogrades ne comprennent rien à l’économie mondiale. D’ailleurs, les syndicats ont un gros problème de crédibilité quand ils prennent position sur ces questions. Seulement 40% des travailleurs québécois sont syndiqués dont la moitié sont fonctionnaires et ne seront donc jamais affectés par la mondialisation. Pour certains syndicats, leur position idéologique contre le néo-libéralisme prime sur le bien-être de l’ensemble des travailleurs, parfois même de ceux qu’ils représentent et qu’ils doivent protéger.

C’est ce qui semble être arrivé à la compagnie Aleris. Le syndicat des travailleurs affilié à la CSN n’a pas voulu voir venir l’inévitable. Ils ont refusé deux offres finales avant de se retrouver Gros-Jean comme devant en lock-out le 2 juillet. Pourtant les signes que la situation était préoccupante ne manquaient pas. La compagnie les avait prévenus que sans compromis sur la masse salariale, l’usine n’était plus assez rentable pour la garder en activité. La parité du dollar canadien avec le dollar US affecte les exportations et rend la production chez nous beaucoup moins intéressante pour les entreprises américaines. C’est le même phénomène qui explique qu’il n’y a pas un seul tournage de film hollywoodien au Québec cette année. Je crois que les combats idéologiques que mènent les syndicats contre la mondialisation et la délocalisation de la production les empêchent de bien protéger leurs membres en les convaincant de refuser les compromis nécessaires sur leurs conditions de travail. Ce n’est pas facile d’accepter une baisse de salaire durement gagné, mais ça vaut mieux que de se retrouver chômeur. Daniel Goyette, le président du syndicat local, est tellement incrédule qu’il a dit que l’annonce de la fermeture était une bonne nouvelle parce que la compagnie a déclaré qu’en conséquence, la dernière offre était caduque.  Pour lui c’est un signal que les négociations pourront reprendre sur de nouvelles bases! Le maire Yves Lévesque a dit de son côté que les salaires chez Aleris étaient au-dessus de la moyenne. Il y avait donc de la place pour des compromis. C’est triste de voir des travailleurs perdre leur gagne-pain quand on sait que les emplois auraient pu être sauvés pour la négociation. C’est grave pour leurs familles et l’ensemble de l’économie de la région.

La décision de Bombardier de fabriquer et d’assembler la Cseries ici est la parfaite illustration que le Québec a tous les atouts pour faire face à la mondialisation sans être obligé de participer au combat d’arrière garde pour s’y opposer. La valeur économique des 3,500 emplois créés valent sans doute plus que 10,000 emplois manufacturiers mal payés dans des secteurs sans avenir. Il y aura en plus 1,000 autres emplois indirects. Des voix se sont élevées pour mettre en doute le succès de l’aventure. Je n’aime pas les « pense petit » qui doutent de notre capacité à réaliser de grands projets parce qu’ils croient que nous n’avons pas le talent nécessaire pour faire face aux Boeing et Airbus de ce monde.  S’il avait fallu attendre que le Québec soit aussi gros que les États-Unis ou la France pour nous réaliser, nous ne serions pas le peuple épanoui que nous sommes devenus. Bombardier a déjà fait la démonstration de sa capacité à innover avec succès. Appuyons-la et réjouissons-nous. C’est cette voie qu’il faut suivre pour assurer la santé économique et l’avenir du Québec.